
L'épaisseur de la roue ci-dessus ne fait, en réalité,
que 3 millimètres à l'échelle du 1/36e.
Sur un modèle comme le Boullongne ou la Belle Poule voir même le
Bonhomme Richard,la roue du gouvernail tout comme le cabestan, doit être
exécutée avec le plus grand soin. La plus grande rigueur est donc
de mise. La roue du gouvernail, tout comme le cabestan, ou le caillebotis fait
partie de l'accastillage qui se remarque le plus sur le pont d'un modèle.
Sur les navires de petit tonnage, il n'y avait qu'une seule roue, par contre
sur les vaisseaux royaux et les frégates, il fallait prévoir que
par gros temps, l'énergie de trois ou quatre hommes ne serait pas de
trop, d'autant plus qu'en cas de mauvais temps la drosse mouillée serait
dure à faire courir dans les réas des poulies ou des galoches.
C'est pourquoi on montait deux roues solidaires.
Sur les grands vaisseaux, elles avaient un diamètre total de 1 mètre
50 environ, et elles arrivaient généralement à la hauteur
d'épaule des hommes.

Une roue se compose d'un moyeu, huit ou dix rais et la jante. Les rais dépassent
la jante d'environ 15 centimètres, formant ainsi des poignées
sur lesquelles agit l'homme de barre. Remarquons aussi que bien souvent l'une
de ces poignées portait à son sommet, des anneaux en relief, ou
parfois un clou en cuivre; parfois encore la poignée était en
plus peinte en rouge. C'était cette poignée qui se trouvait tout
en haut lorsque la barre était droite, ce qui permettait à l'homme
se trouvant à la barre de se rendre compte au toucher de la position
de la barre, la nuit ou lorsqu'il avait les yeux fixé sur la voilure
ou sur le compas.

Relevons sur le plan l'épaisseur et le diamètre extérieur
de la roue du gouvernail, (le diamètre de la jante). Façonnons
une planchette dont la largeur sera plus grande que le rayon de la roue. L'épaisseur
de la planchette sera sensiblement plus grande que la moitié de l'épaisseur
de la dite roue, (personnellement, à l'échelle du 1/36e, je donne
à peine un demi-millimètre en plus) mais nous pouvons laisser
beaucoup plus. Bien entendu, plus on laisse, plus il faudra reprendre au tournage.
Nous réalisons ainsi deux planchettes formées par quatre sections
chacune. Elles sont collées, à l'aide de la colle Alfa cyanoacrylate,
et de telle manière que le fil du bois est toujours contrarié,
même si nous positionnons une planchette par-dessus l'autre (voyons les
exemples).
Sur une feuille de papier dessin, transparente ou légèrement
transparente, traçons deux droites perpendiculaires, autrement dit une
croix. Cette croix visualise les coutures d'assemblage de nos planchettes. Dessinons
l'angle correspondant à la position et le nombre de rais de la roue.
Retournons notre feuille et repassons sur le tracé par transparence,
on obtient de cette manière la face des deux roues avec les axes des
rais que nous allons devoir tracer. Positionnons une planchette sur ce dessin,
en ayant soin que les coutures suivent le tracé primaire de la croix
et nous indiquons les axes des rayons de la roue, au Bic, comme ci-dessus.
Prenons soin de bien marquer le centre de la roue, exactement, à l'intersection
des quatre planchettes. Avec une petite mèche de quelques dixièmes
de millimètre, on fore parfaitement d'aplomb, nous avons ainsi transpercé
la planchette. Marquons la seconde planchette exactement de la même manière
mais en ayant le fil du bois contrarié, comme l'exemple ici. Il faut
donc utiliser une très bonne colle rapide, genre cyanolite, nous en avons
déjà parlé.
On trace tous les rais de la roue sur la planchette.

Pour obtenir suffisamment de précision dans le tracé, et donner
ainsi la direction, des rais sur la petite surface de la planchette (partant
de son centre), il faut donner la plus grande longueur possible au trait repère
indiqué sur la feuille de papier, voyons l'exemple ci-dessus.
Sur les planchettes, traçons le petit cercle du moyeu de la roue. Voyons
sur l'exemple ci-dessous, il ne faut pas conduire les rainures jusqu'au centre
de l'axe de la roue.
N'oublions pas que le moyeu est nécessaire pour réussir notre
petite entreprise, il faut donc conserver la partie centrale avec l'amorce de
la pénétration des rais sur une profondeur d'environ 1 mm.
Avant de dégager les rainures, il faut éliminer une partie de
la matière extérieure au grand diamètre de la roue. Dans
ce cas; on élimine, tout simplement, les coins des planchettes comme
ici dessus.

On travaille les gorges à l'aide d'un petit ciseau que l'on façonne
soit même.La largeur de ce ciseau sera au maximum égale
à la largeur du rai. Avant de dégager les rainures, sectionnons
le fil du bois à l'aide du bistouri. Evidons ensuite les gorges. Ce travail
étant fait, plaçons les rais des deux planchettes en vis à
vis en les maintenant l'une contre l'autre. Dans le trou d'axe, introduisons
un petit clou du même diamètre que le trou, de manière à
bien centrer les planchettes.

Généralement le petit tour à métaux, du modéliste,
ne permet pas le tournage au delà de sept ou huit centimètres
de diamètre, voila pourquoi il faut sectionner les coins de nos planchettes
comme l'exemple ci-dessous. Un petit longeron de section carrée aux dimensions
du rai est alors introduit dans les rainures pour en contrôler l'exactitude.
Si les planchettes sont bien positionnées tout va bien le petit longeron
passe facilement et nous collons l'ensemble. Autrement il faut faire pivoter
l'une des planchettes pour trouver le bon passage avant de les coller.
Après avoir collé les deux planchettes ensemble, le longeron
passant librement dans au moins deuxrainures, nous pouvons alors percer le trou
d'axe de la roue avec une mèche correspondant au diamètre de l'axe
du tambour. Généralement il est préférable de laisser
le mèche comme axe, la colle étant assez forte pour la fixer très
solidement. Après séchage, nous fixons l'ensemble au mandrin du
tour.
L'ensemble bute contre la face avant du mandrin, et nous dressons une face de
manière à obtenir, dans ce plan, la moitié de l'épaisseur
de la roue.

L'autre moitié s'obtiendra sur l'autre face de l'autre planchette
(nous voyons les photographies ci- dessus). Après dressage de la première
face, nous retournons la pièce, cette fois la face dressée s'appuyant
contre les mors du mandrin et nous fixons de nouveau la roue pour dresser la
deuxième face. Nous donnons maintenant l'épaisseur réelle
à la roue.

Si nous n'avons pas encore donné le grand diamètre
à la roue voici le moment de le faire.
Pendant l'opération de tournage la roue peut se décoller si nous
prenons des passes trop importantes, il suffit d'une goutte de colle cyanoacrylate
pour tout remettre à sa place en quelques secondes.
Nous devons maintenant détacher la jante pour obtenir la roue.

Avec le tour rien de plus facile, nous façonnons un outil pour aléser
l'intérieur d'un cylindre. Sa largeur sera petite pour ne pas trop forcer
en usinant la roue. Nous usinons une face jusqu'au moment où apparaissent
les rais ou plutôt les rainures de la deuxième planchette. On retourne
la pièce et on travaille la seconde face pour détacher la jante
avec douceur. Nous laissons le moyeu sur le tour et nous le portons au diamètre
relevé sur le plan.

Les exemples présentés ici ont été réalisés en moins de 4 heures, sans prendre beaucoup de soins dans la finition. Le but principal était d'en faire la démonstration et de réaliser les photographies.
Les rais présentés ici ne sont pas parfaits
puisque réalisés dans les mêmes conditions mais l'essentiel
est là, ils sont réalisés.
Remarquons que les joints ou coutures du moyeu sont dirigé exactement
dans la même direction que ceux de la jante

Les deux pièces ont retrouvé leur position primitive l'une
par rapport à l'autre, ce qui est normal.
La jante s'assemble au moyeu par l'apport des rais, et se centre exactement
de la même manière.
En y réfléchissant bien, dans le travail que nous venons de réaliser,
le plus difficile à exécuter n'est autre que réaliser les
rais, si nous les tournons avec un mandrin à trois mors au lieu de 4
mors.
Les rais ici ont été travaillé très rapidement pour les besoins de la photographie. Pour creuser les rainures des rais, on façonne l'outil soit avec une grosse aiguille, ou une petite lime qui, bien façonnée, donne des résultats merveilleux.
Pour la réalisation de la roue, voici une petite variante qui peut nous simplifier le travail. Elle nous permet de recommencer une roue avec simplicité sans toujours devoir prendre des mesures avec ce que cela comporte de risque d'erreur.

Il faut prendre un support transparent, par exemple une petite feuille en plastique rigide ou légèrement rigide cela n'a pas d'importance, on trace la roue et ses rais au compas en perçant son axe au travers du plastique, nous indiquons également le diamètre du moyeu, bref toutes les mesures. Nous plaçons ce gabarit sur la planchette dont le centre est déjà percé, nous centrons les deux pièces l'une sur l'autre au moyen, par exemple, d'une aiguille à boule (épingle de couturière) ou d'un petit clou que nous plaçons dans l'axe des deux pièces (gabarit et planchette). On fait alors pivoter le gabarit jusqu'à l'endroit où nous voulons indiquer les rais, et par une piqûre d'aiguille on indique l'axe de tous les rais. Ou bien même on indique la largeur de chaque rai, suivant bien sûr le tracé que nous avons donné ou indiqué sur le calibre. Pour la deuxième planchette nous recommençons la même opération avec le même calibre, en l'inversant puisqu'il est transparent. Par conséquent, le tracé de la roue est visible, mais il faut veiller à ce que la position des coutures ou des joints des planchettes ne se superposent pas lorsque ces planchettes seront assemblées l'une contre l'autre (voyons les photographies des planchettes). Pour la mise en place de la drosse du gouvernail, voici un des rares endroits ou nous devons jouer d'astuce, si nous voulons que le gouvernail fonctionne correctement. La drosse fait normalement cinq tours sur le marbre ou tambour du gouvernail. Sur notre modèle elle fera aussi les cinq tours, mais comme il nous sera impossible d'aller à la Sainte barbe tendre les palans de la drosse nous devons déjouer cette difficulté en coupant la dite drosse en deux longueurs égales. Nous fixons les palans à la drosse et les attachons au timon du gouvernail comme il se doit et nous passons la drosse par les poulies suivant les indications du vaisseau de 74 Canons (voir les photos). On monte ensuite toute la construction du modèle jusqu'à la mise en place de la roue du gouvernail. Sur le marbre de la roue, nous forons, sur le même plan, deux trous du diamètre de la drosse. La drosse tribord passe par le côté tribord passe par-dessus la roue et s'enroule deux fois et demie avant d'être collée dans son trou. La drosse côté bâbord fait exactement le même trajet mais côté bâbord et se colle également dans son trou (donc à côté et contre la première section). Nous avons ainsi les cinq tours et l'ensemble fonctionne parfaitement bien.

Et voici le résultat '
