1) Introduction
L'usage des cordages dans la construction navale remonte aux temps les
plus reculés: ils servaient déjà à assembler les éléments des radeaux primitifs.
Les égyptiens assuraient la rigidité longitudinale de leurs embarcations en
reliant la proue à la poupe par un fort cordage. L'utilisation de plus en
plus perfectionné du vent comme mode de propulsion aboutit à la multiplication
des voiles que l'on doit orienter, et des mâts qu'il faut soutenir au moyen
de nombreux cordages. D'autres sont encore nécessaires pour assurer le mouillage
des vaisseaux et la mise en oeuvre de leurs embarcations ou de leur artillerie.
La fabrication des cordages utilise une technique très simple. Il y à
quelques années, en France,
j’ai encore trouvé (accidentellement)
l'installation d'une petite corderie familiale d'environ 150 m, où père et
fils travaillaient encore.
Au XVIIIe siècle, les besoins en cordage sont considérables,
il en faut 84 tonnes pour un vaisseau de 74 canons, et ils doivent être renouvelés
souvent. Il faut donc faire place à l'industrie et son évolution.
Les cordages nécessaires au gréement des navires, seront donc fabriqués
dans d'immenses ateliers des arsenaux, les corderies. Aujourd'hui encore,
nous pouvons admirer la corderie Royale de Rochefort, un bâtiment long de
372 mètres.
Le chanvre y était la matière première. Après rouissage et séchage, la
fibre ligneuse de cette plante était séparée des brins d'écorce ou chevrotes,
par l'opération de l'espadage, l'ouvrier frappait violemment sur les bottes
de chanvre au moyen de l'espade. Le chanvre était alors peigné pour le séparer
des longues fibres (ce que l'on appelle le premier brin) des fibres courtes
(le second brin), et le résidu constituait l'étoupe, que l'on utilisait pour
le calfatage et les coutures de la coque des vaisseaux.
Après plusieurs opérations, le chanvre ainsi préparé était alors torsadé
par le fileur, soit à la quenouille, soit à la ceinture, c'est-à-dire que
dans le premier cas le fileur portait la filasse sur une quenouille et dans
le second cas dans une poche qui était attachée à la ceinture.
A une extrémité de la corderie, un touret à filer manoeuvré par un apprenti, faisait tourner par l'intermédiaire d'une courroie plate un certain nombre de molettes munies chacune d'un crochet: le fileur montant sur le pont de cordier fixait à l'un de ces crochets une boucle de chanvre et s'en allait à reculons en fournissant aussi régulièrement que possible la filasse qui se tordait de gauche à droite. Il en résultait un fil dit de carret. Lorsque la longueur était suffisante, ce fil était enroulé sur une bobine. La grosseur d'un fil de carret se mesure, comme tous les cordages, par la longueur de la circonférence qui varie de 8 à 17 mm; mais il semble que ce dernier chiffre soi trop fort en raison de l'inégalité de tension des fibres dans un aussi gros fil: 11 mm semble une limite à ne pas dépasser. 1.
(Tiré de la fabrication des cordages au XVIIIe siècle
par Jacques GAY Publication de l'Université Francophone d’Eté, Saintonge Québec).
Pour d'autres renseignements sur la fabrication des cordages ou le travail du chanvre, voyons l'encyclopédie méthodique marine, édition Hubert Berti. Voyons aussi le vaisseau de 74 canons de Jean Boudriot.
Dans notre hobby, nous n'aurons jamais l'occasion d'utiliser le fil de carret, comme fil de base pour réaliser nos cordages, alors pour nous tirer d'affaire nous utilisons le fil à coudre. Généralement ce fil à coudre a comme diamètre 0,2 mm. On trouve plus rarement le fil à gant dont le diamètre est de 1/10 de millimètre (notre tableau donne les dimensions les plus courantes, pour nos modèles, partant du fil ayant un diamètre de 2/10me).
Nous savons que les fils sont torsadés ensemble et forment alors ce que l'on appelle un toron.
Le diamètre de celui-ci, fonction du nombre de fils utilisés, est déterminé par le diamètre du cordage à réaliser ou à obtenir (approximativement la moitié dans un assemblage ordinaire à trois torons).
Les torons sont ensuite "commis" par trois ou quatre dans le sens inverse de la torsion des torons. On obtient alors une aussière à trois ou quatre torons.
Généralement, sur nos modèles, nous n'utiliserons que l'aussière à trois torons et exceptionnellement l'aussière à quatre torons.
On peut encore commettre les aussières (en inversant toujours le sens), pour obtenir le grelin autrement dit le câble. Ainsi, les torons et les grelins sont toujours commis à gauche (sens des aiguilles d'une montre), les aussières sont commises à droite.
Voici une méthode rapide, simple
et peu onéreuse pour la réalisation des toutes nos aussières grelins et, autres
câbles. Il n'est pas ici utile de construire une corderie miniature comportant
un chantier, un carré et un carrosse
nécessaire au commettage où les différentes opérations se déroulent en même
temps. Une méthode qui reprend les principes de base du commettage. La différence
réside dans le fait que les trois opérations nécessaires pour la réalisation
d'un grelin sont réalisées distinctement l'une après l'autre.
Ces opérations sont le commettage en : a) torons
b) aussières
c) grelins
Nous voyons que si nous voulons réaliser des aussières, il suffit de nous s'arrêter après la deuxième opération.
Un autre avantage de cette méthode: nous pouvons réaliser sans problèmes des longueurs de cordage suivant nos besoins. Par exemple, le câble de la grande ancre a pour longueur deux fois 120 brasses, ce qui représente 390 mètres. Si vous travaillez à l'échelle du 1/36me, cela représente un câble de 10,8 mètres.
Avant de passer à l'explication pratique, voici le principe de base pour la réalisation de tous nos cordages :
Longueur du fil de base (Y) égale longueur du cordage fini (X) multiplié par le coefficient de torsion qui est de 1,3.
| Y = X * 1,3 |
2) Préparation du matériel et installation du stand
Réalisons tout d'abord deux planchettes B et C (de dimension ± 10 / 30 cm, épaisseur environ 18 mm). Celles-ci seront équipées chacune de 9 crochets à visser distants de 2 à 3 centimètres.
Les crochets seront en plus munis chacun d'un maillon de chaîne légèrement ouvert, ce qui facilitera l'introduction du fil de base dans ce maillon.
Une planchette A avec un crochet à visser et un maillon de chaîne.
Un bistouri et/ou une paire de ciseaux, de la colle cyanolite pour traiter le bout des cordages.
Une mini-foreuse à moteur continu ce qui nous permet de changer le sens de rotation suivant que l'on travaille soit sur un toron, sur une aussière ou bien encore sur un grelin. Le mandrin sera lui aussi équipé d'un crochet à visser.
Pour terminer, réalisons maintenant une douzaine de boucles d’environ 3 cm de long en fil Nylon de diamètre de 3 mm ou équivalent. Ceci nous permettra d'avoir une liaison souple entre la foreuse et les fils de base formant le toron.
Figure
104 rétrécissement du cordage
Suivant le petit croquis, nous équipons notre stand avec la planchette C fixée au mur à ± 1 mètre de hauteur. En B, une petite table servira à maintenir la planchette B et, en même temps, à déposer le petit matériel. Pour terminer, nous plaçons la planchette A, nous veillons à ce que la mini-foreuse puisse se manipuler librement entre les points A et B.
3) Les matériaux.
Comme nous le savons, le fil de base pour la réalisation des cordages est bien sûr le fil de carret, son diamètre pouvant varier de 2,3 à 3,1, ce qui, réduit au 1/36e, nous donnera de 0,06 à 0,09 mm. Comme il a déjà été dit, le modélisme étant ce qu'il est, c'est-à-dire une approche la plus juste possible mais aussi la plus réaliste possible, nous oblige à nous contenter de fil à coudre, de 1/10 ou de 2/10 de millimètre de diamètre comme fil de base. Généralement l'on utilise le fil à coudre. Son diamètre est de 2/10 de millimètre, nous pouvons trouver la marque "Gutermann" dont la couleur approche celle indiquée dans le vaisseau de 74 canons. Dans la même marque nous trouvons encore le N° 139 ou bien le 887, pour tous les cordages goudronnés et le N° xxx pour les cordages en chanvre naturel, mais il y a probablement beaucoup mieux suivant les marques. Ceci n'est qu'une suggestion, et le choix définitif est bien sûr laissé à l'appréciation de chaque modéliste. Cependant ce qui est important et qu'il faut respecter, c'est précisément le diamètre du fil qui est le 2/10 puisque notre tableau y fait référence.
4) Réalisation pratique
Pour la fabrication, prenons un exemple en réalisant un cordage de la grande ancre d'un vaisseau de commerce de la Compagnie des Indes équivalent à un vaisseau de guerre de cinquante canons. Pour ce cas concret, le maître bau a une largeur de 36 pieds 8 pouces.
Notre câble aura donc 18 pouces de circonférence ou un diamètre de 155 mm. Après consultation du tableau II, nous choisissons 22 fils par toron pour le cordage de la grande ancre, ce qui est une valeur intermédiaire entre 17 Po 7 Li et 19 Po 2 Li.
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Avant d'installer le chantier, déterminons
la longueur de notre cordage. Les câbles
sont soit roués dans l'entrepont soit dans la cale à raison de deux
encablures par meule de câble. Pour
rappel: une encablure est égale à 120 brasses ce qui nous donne une longueur
de 195 mètres. Nous avons
alors pour notre câble en réalité : 195 mètres multipliés par 2 = 390 mètres. |
Voici un,bout de câble qu’un ancien membre de l'association avait récupéré pour en faire la démonstration aux membre du club sur la manière de réaliser les torons, aussière et grelin. Au 1/36e, décomposé; en fils, toron, aussière et grelin. Ce câble à été réalisé à la demande de Monsieur Boudriot pour son étude sur l'encombrement d'une meule de deux encablures ensuite pour notre modèle de démonstration.
Au 1/36me, X = 10,80 mètres et Y = 14,04 mètres. Il faut, bien entendu, de la place en
suffisance (dans notre habitation).
Des amis (en été et par bon temps), se sont installés sur leur pelouse de
manière à obtenir une longueur de 5,40 mètres de cordage terminé, ce qui nous
donne environ 10 mètres de longueur
Ceci dit, nous pouvons alors
installer notre corderie en respectant les points A, B et C.
a) Préparation des fils
Entre
le point C (maillon légèrement ouvert) et le point A, nous tirons 22 longueurs
de fil, ce qui nous donne une longueur totale de ± 300 mètres. Vu ces
distances, il est intéressant de travailler avec des bobines de fil de minimum
500 mètres. Si notre fil casse ou notre
bobine est épuisée, nous recommençons au point A ou au point C suivant la
dernière longueur de fil. Nous veillerons à ce que le fil soit tendu
modérément. Ceci terminé, avec un petit bout du même fil, nous faisons quelques
noeuds aux deux extrémités (A et C). Eventuellement, posez un petit point de
cyanolite sur ces noeuds.
Du
côté A, on solidarise les fils avec la boucle en fil souple.
b) Réalisation des torons
La
mini-foreuse est branchée de telle sorte qu'elle tourne dans le sens
horlogique. Prenons notre mini-foreuse équipée de son crochet fixé dans le
mandrin, décrochons notre boucle en fil souple du crochet A pour l'accrocher à
celui de la mini-foreuse.
Nous
mettons la foreuse en fonctionnement en veillant à ce que le faisceau de fil
reste modérément tendu. Remarque: cette même tension sera maintenue pour toutes
les opérations . Nous remarquons que le faisceau de fil, en se torsadant donne
un pas vers la gauche et qu'il diminue de longueur. La mini-foreuse va passer
du point A au point B. Arrivés au point B, nous arrêtons notre foreuse et nous
changeons la boucle du crochet de la foreuse au crochet en
B.
Pour ne pas risquer la détorsion par accident ou par une mauvaise manipulation,
plaçons un point de colle cyanolite de chaque côté du toron. Si, pour une
raison quelconque, votre faisceau de fil casse pendant l'opération ou que vous
le lâchiez en fin d'opération, le fil sera perdu car il va se torsader dans
tous les sens. Sur ce même principe, nous réalisons les 9 torons de notre
cordage.
c) Réalisation des aussières
La
mini-foreuse est branchée dans le sens anti-horlogique (ou sens inverse des
aiguilles des torons) En C, 3 boucles avec leurs torons sont amenées sur le même
crochet. En B, prenons les boucles flexibles des 3 torons correspondants et
accrochons-les sur la mini-foreuse.
Après
la mise en marche de la mini-foreuse, nous remarquons tout d'abord un
rallongement des 3 torons puis, au fur et à mesure du commettage, un
raccourcissement de l'aussière pour arriver à nouveau au point B. Changeons
l'aussière sur le crochet en B et posons éventuellement un petit point de colle
cyanolite sur les deux extrémités.
Sur
le même schéma, réalisons les deux aussières restantes.
d) Réalisation du cordage ou grelin
La mini-foreuse est branchée pour tourner dans le sens horlogique (ou sens des torons).
En C, toutes les boucles des trois aussières sont placées sur un crochet (Si les crochets sont trop petits, lions-les ensemble ou distribuons-les sur trois crochets).
Après la mise en route de la mini-foreuse, nous observons le même phénomène de rallongement puis de rétrécissement comme décrit pour la réalisation des aussières. L'opération est terminée avec le retour au point B de notre grelin. Changeons le grelin sur le crochet en B et posons un point de colle sur les deux bouts du grelin. Ensuite, décrochons le bout en B du grelin et lâchons-le. Une fois le bout
B du grelin
lâché, le grelin va se tortiller. A partir du point C, nous prenons le grelin
en main et nous avançons vers l'extrémité B en détortillant notre grelin.
Répétons cette opération quelques fois jusqu'au moment où vous obtenons un
grelin qui n'est plus sous tension, donc en équilibre au point de vue de la
torsion. Après un peu d’entraînement et deux heures de travail, nous réalisons
un magnifique grelin de 11 m qu'il suffit de rouer pour réaliser une meule
de cordage digne d'un modèle d'arsenal. Le fil à coudre utilisé est égal à
2 dixièmes, c’est le fil le plus répandu dans le commerce.

Réaliser un oeil sur cordage pour serres-bosses.
