
John Paul Jones
Un corsaire accompagnait la naissance de la jeune Amérique en s'attaquant
comme un loup aux navires anglais.
Vers 1985, il a été jugé impossible de récupérer
le Bonhomme Richard qui gît par 150 pieds de fond en face de Flamborough
sue la côte de Yorkshire. Monsieur Boudriot, à la demande des
Américains, a reconstitué dans le moindre détail tous
les plans, pour en retracer la brève et flamboyante épopée.
Cet ancien navire marchand de la Compagnie des Indes, construit vers 1765
à Lorient et réformé au bout de cinq voyages, fut complètement
transformé en 1779 sous les instructions du plus singulier corsaire
qu'une guerre révolutionnaire ait jamais connue: le capitaine John
Paul Jones, le premier commandant à avoir fait saluer le drapeau de
la jeune Amérique. Et non pas dans les eaux de Boston ou de Philadelphie,
du reste peu tranquilles, mais au nez et à la barbe des Anglais dans
leurs ports. Du coup, la tête de John Paul Jones fut mise à prix
et les caricaturistes aiguisèrent leurs traits contre ce renégat
au passé semé d'ombres.
John Paul, cinquième fils d'un jardinier, était né dans
le sud de l'Ecosse le 6 juillet 1747. A 12 ans, le garçon embarqua
comme mousse sur un bateau en partance pour la Virginie, où l'un de
ses frères s'était établi. Il profita de son séjour
pour étudier la navigation afin de gagner du galon: premier maître
sur un navire négrier à 19 ans, à 22 on lui confia un
commandement. C'est alors que les ennuis commencèrent. En 1770, à
Tobago, Paul fit donner du chat à neuf queues sur l'échine d'un
charpentier négligent, qui succomba peu après, même si
le jeune capitaine fut innocenté, sa réputation en sortit altérée.
D'autant plus que trois ans plus tard, son équipage, encore à
Tobago, se mutina. Le meneur, dit-on, eut la malencontreuse idée de
venir s'embrocher sur le sabre de John Paul, à qui l'on conseilla d'aller
se faire oublier dans les colonies d'Amérique. Celles-ci étaient
alors en ébullitions, la grogne s'amplifiait contre la tutelle britannique.
Quand un Congrès continental décida de rompre toutes relations
commerciales avec Londres.
La guerre d'indépendance était sur le point d'éclater
et elle trouva en Virginie un volontaire nommé Jones qui n'était
autre que le capitaine Paul. Le voici lieutenant à bord de l'Alfred
premier navire à faire flotter le drapeau de la nouvelle nation. Il
n'y a pas de marine américaine en 1775, mais quelques milliers de marins
sont prêts à en découdre à bord de leurs propres
bateaux. L'année suivante, Jones commandant le Providence donne sa
mesure et en une seule campagne arraisonne 16 bateaux. A 29 ans, il veut se
distinguer dans la guerre de harcèlement qui peut seule protéger
la toute nouvelle indépendance des 13 colonies révoltées.
Mais autour du général Washington des lobbies montent en épingle
quelques ragots sur l'émigrant de fraîche date. On le soupçonne
d'avoir plus ou moins vécu de piraterie entre sa fuite de Tobago et
son arrivée en Virginie. De plus son coup d'essai démontre de
façon un peu trop voyante qu'il est bon professionnel, qu'il en est
conscient et que la hiérarchie n'est pas son obsession. Au même
moment les escadres anglaises ont sévèrement bloqué New
York et Philadelphie, la guerre a changé de visage.
En 1777 Jones traverse l'Atlantique sur le sloop Ranger. Sa mission est de
ramener une frégate commandée aux chantier néerlandais
par l'entremise de la France, où s'est installé Benjamin Franklin
théoricien de la révolution américaine (quand il n'invente
pas le paratonnerre, il diffusait les idées d'émancipation dans
les pages de son Almanach du Bonhomme Richard). La France qui possède
l'immense Louisiane et n'a cédé le Canada que peu d'années
auparavant suit avec beaucoup d'intérêt la révolution
d'outre-atlantique, l'approvisionne et à laissé le général
Lafayette joindre son épée à celles des insurgent. Mais
la frégate ne pourra jamais rejoindre la toute neuve US Navy. Londres
exige des Pays-Bas, sous peine de guerre qu'elle soit francisée. Jones
qui ronge son frein, ne veut pas rester sur cette déconvenue. De Brest,
il prend l'initiative de remonter jusque sur les côtes anglaises et
d'y lancer des raids. Ville incendiées, vaisseaux arraisonnés,
provocations constantes émaillent les quatre semaines de cette campagne
où le jeune captain donne mille preuves de son audace, de son art de
la manuvre.
En 1779, l'aide de la France à Washington s'amplifiant, Benjamin Franklin
obtient qu'en lieu et place de la frégate attendue, un bateau soit
mis à la disposition de Jones, lequel n'a pas tardé dans l'inaction
à apprendre le français. On trouve donc l'ancien Conte de Duras
de 900 tonneaux, que le bouillant corsaire passe plusieurs mois à transformer
à Lorient et qui portera le nom de Bonhomme Richard.
L'arche perdue
C'est une véritable petite escadre qui part de Lorient en septembre,
mais hétéroclite tant par sa composition que par le recrutement
de ses équipages. De plus le caractère impulsif de J.P. Jones
à dressé contre lui les autres commandants. Mais cette campagne
corsaire prendra une dimension historique exceptionnelle, légendaire
après avoir contourné les britanniques par le nord et capturé
une quinzaine de bateaux marchands, l'escadre rencontra un convoi appétissant
de 40 cargos escortés par deux frégates. Le soir tombait. Plus
ou moins lâché par les autres commandants, Jones Paul Jones lança
une attaque intrépide contre le Sérapis, sur le pied de guerre.
Le combat se termina bord à bord, grappins lancés, à
l'arme blanche. Dans un enchevêtrement de vergues rompues, tandis que
l'eau s'engouffrait dans ses cales, Jones s'entendit demander par le capitaine
anglais Person " Est-ce que vous vous rendez? " Moi? Je n'ai même
pas commencé à me battre! " Deux heures plus tard, c'était
l'Anglais qui baissait les armes. En attendant le convoi s'était échappé
et le Bonhomme Richard s'enfonçait vers sa dernière demeure
Cet épisode fit de Jones une star en France, le Roi lui décerna
le mérite militaire et une épée à poignée
d'or. Une loge maçonnique commanda au meilleur statuaire de l'époque,
Houdon, un buste du héros, qui fut copié à des dizaines
s'exemplaires. Son portrait était chez tous les marchands d'estampes.
Nous dirions aujourd'hui que l'opération médiatique était
de première grandeur. Le buste que réalisa Houdon, copié
à de multiples exemplaires, et dont une réplique orne le Musée
de la Marine à Paris était si ressemblant qu'il servit à
identifier, plus de 100 ans après, les restes de Jones exhumés
à Paris.
Octobre1978
Tiré de THALASSA